Albert SAMAIN (1858-1900)
Extase
Mon coeur dans le silence a soudain tressailli,
Comme une onde que trouble une brise inquiète ;
Puis la paix des beaux soirs doucement s'est refaite,
Et c'est un calme ciel qu'à présent je reflète
En tendant vers tes yeux mon désir recueilli.
Comme ceux-là qu'on voit dans les anciens tableaux,
Mains jointes et nu-tête, à genoux sur la pierre,
Je voudrais t'adorer sans lever la paupière,
Et t'offrir mon amour ainsi qu'une prière
Qui monte vers le ciel entre les grands flambeaux.
Ta respiration n'est qu'un faible soupir.
Dans la solennité de ta pose immobile,
Seul, le rythme des mers gonfle ton sein tranquille,
Et sur ton lit d'amour, d'où la pudeur s'exile,
La beauté de ton corps fait songer à mourir...
Le soir s'est répandu sur la cime des arbres,
Et l'or du couchant meurt sous un voile de brume ;
L'âme s'apaise au rythme de ton corps qui s'allume,
Et dans le silence, on entend la lune qui fume
Sur les murs anciens des palais faits de marbres.
Le monde se tait, et le temps s'est arrêté,
Dans la douceur muette d'un désir qui s'éteint.
Je ne suis plus qu'un songe, un chemin sans destin,
Et sur l'onde tranquille, mon cœur ne reflète rien
Que l'écho fragile de notre intimité.
Rochedy Cp

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