En Ardèche, aux chemins pierreux,
les nuits d’hiver étaient sans feu.
Le vent battait les masures basses,
et chaque souffle entrait tenace.
Pour quatre sous, cercueil de bois,
pour deux sous, corde et banc étroit,
et les errants, debout, pliés,
trouvaient un songe enchaîné.
Les grandes familles, sans espace,
dormaient serrées, tête contre face.
Les pieds mêlés sous un édredon,
où la plume grattait le froid profond.
Plus loin, dans l’étable sombre,
les enfants loués à la terre et aux hommes,
reposaient leurs corps de huit ans à peine
dans la paille tiède au souffle des bêtes.
Autrefois, les lits faits de frêne,
craquaient sous l’hiver qui saigne.
Et l’on glissait des pierres ardentes,
pour un tiède court, fragile et tremblant.
Nul lit jamais face à la porte,
la croix au-dessus, garde et escorte.
Sous l’oreiller, clou ou couteau,
car la nuit n’était pas cadeau.
Quand l’eau gelait dans la cruche de terre,
que le pain dur fendait les lèvres amères,
la lampe à pétrole offrait son halo,
et la bougie sa flamme au repos.
Mais le vin chaud coulait parfois,
un réconfort, un chant de bois.
Et dans la misère, douce chaleur,
l’humain gardait son âme, son cœur.
Rochedy Cp

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