Douze ans ont passé.
La vitrine n’est plus la même,
mais la poussière connaît encore mon nom.
Les ampoules à filament dorment
comme des méduses transparentes,
leurs spirales d’or enroulées
autour d’un silence ancien.
Je les regarde et je me souviens
de la chaleur —
pas celle qui brûle,
celle qui rassure.
Autrefois tu étais
un fil tendu jusqu’à l’incandescence,
un cœur de tungstène
porté à blanc dans un gaz noble
qui refusait de trahir.
Nous vivions à haute température.
Chaque seconde comptait
comme une heure d’éternité.
Puis le temps a fait son travail
de physicien discret.
Toute lumière dissipe,
toute énergie se disperse.
La thermodynamique ne négocie pas
avec les serments.
On a remplacé la braise
par la diode.
Plus efficace, plus froide,
plus raisonnable.
La modernité éclaire
sans rougir.
Elle dure plus longtemps
mais ne tremble pas.
Moi, je tremble encore un peu.
Douze ans après,
je comprends mieux le rébus :
ce n’était pas l’ampoule
qui était fragile,
c’était l’élan.
Le filament se consumait
parce qu’il acceptait
d’être traversé.
Il ne résistait pas au monde,
il le laissait passer
jusqu’à devenir lumière.
Peut-être que l’obsolescence
n’était pas un complot
mais une métaphore :
ce qui brille vraiment
accepte de se transformer.
Les ampoules cassées
ne sont pas des déchets.
Ce sont des fossiles de chaleur.
Des archives de clarté.
Des preuves qu’un jour
quelque chose a osé
être incandescent.
Et si ma vie s’est éteinte un temps,
ce n’était qu’un changement de spectre.
La lumière ne disparaît pas,
elle change de longueur d’onde.
Douze ans après,
je ne cherche plus à rallumer
le même filament.
Je cherche la nouvelle source.
Parce qu’au fond,
ce n’est pas la lampe
qui faisait la lumière —
c’était le courant.
Rochedy Cp

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