dimanche 15 février 2026

Douze année ont passés .


Douze ans ont passé.

La vitrine n’est plus la même,

mais la poussière connaît encore mon nom.


Les ampoules à filament dorment

comme des méduses transparentes,

leurs spirales d’or enroulées

autour d’un silence ancien.

Je les regarde et je me souviens

de la chaleur —

pas celle qui brûle,

celle qui rassure.


Autrefois tu étais

un fil tendu jusqu’à l’incandescence,

un cœur de tungstène

porté à blanc dans un gaz noble

qui refusait de trahir.

Nous vivions à haute température.

Chaque seconde comptait

comme une heure d’éternité.


Puis le temps a fait son travail

de physicien discret.

Toute lumière dissipe,

toute énergie se disperse.

La thermodynamique ne négocie pas

avec les serments.


On a remplacé la braise

par la diode.

Plus efficace, plus froide,

plus raisonnable.

La modernité éclaire

sans rougir.

Elle dure plus longtemps

mais ne tremble pas.


Moi, je tremble encore un peu.


Douze ans après,

je comprends mieux le rébus :

ce n’était pas l’ampoule

qui était fragile,

c’était l’élan.


Le filament se consumait

parce qu’il acceptait

d’être traversé.

Il ne résistait pas au monde,

il le laissait passer

jusqu’à devenir lumière.


Peut-être que l’obsolescence

n’était pas un complot

mais une métaphore :

ce qui brille vraiment

accepte de se transformer.


Les ampoules cassées

ne sont pas des déchets.

Ce sont des fossiles de chaleur.

Des archives de clarté.

Des preuves qu’un jour

quelque chose a osé

être incandescent.


Et si ma vie s’est éteinte un temps,

ce n’était qu’un changement de spectre.

La lumière ne disparaît pas,

elle change de longueur d’onde.


Douze ans après,

je ne cherche plus à rallumer

le même filament.

Je cherche la nouvelle source.


Parce qu’au fond,

ce n’est pas la lampe

qui faisait la lumière —

c’était le courant.

Rochedy Cp


 

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