lundi 17 novembre 2025

Le serment de lumière


 Dans les villages reculés du Haut-Vivarais, l’hiver s’abattait avec une force de vieille montagne.

Le givre dessinait des veines blanches sur les fenêtres, les bouches parlaient en nuages, et les prés craquaient sous une croûte de froid aussi fragile qu’une meringue.

L’eau se changeait en glace translucide, et les congères, hautes comme des murs, barraient les chemins.

Les sabots de bois gelaient les pieds, la fumée grisâtre des fourneaux montait en spirales, et la lumière du jour semblait toujours en retard.

Dans ces villages perdus des monts d’Ardèche, là où souffle encore la mémoire cévenole, les fêtes ne réchauffaient guère les esprits.

Le labeur pesait sur les épaules, les fins d’années tiraient vers le gris, et la famine gagnait plus souvent que le bonheur.

Les familles nombreuses vivaient d’une miche dure, d’un vieux picodon oublié dans un garde-manger en hêtre.

Un verre de vin chaud rendait au cœur un semblant d’élan.

Le soir, aux veillées, on sortait les cartes, on partageait la gnôle, un morceau de canard bien mérité, et les rires revenaient peu à peu.

Les anecdotes circulaient, la parole se déliait, les ombres dansaient sur les murs de la cuisine.

Que de souvenirs, que de récits traversent encore mon esprit…

Labatie, je te porte comme une braise sous la cendre :

à jamais, je ne t’oublierai.


Patsyblue




 

Noël ancien du Haut-Vivarais


Le vent du Nord mord nos doigts,

Dans les sabots, la paille crie,

Et la peau, fendue par le froid,

Pleurait sous le givre et la nuit.


Les vitres figent leurs dentelles,

La pierre garde un souffle ancien,

Sous les frênes, la feuille est frêle,

Et la couche, un pauvre lien.


Chaque haleine devient vapeur,

Rougissant nez, gelant les cœurs,

Les logis sombres, aux murs de suie,

Abritent la faim, la lente pluie.


Mais près du fourneau, l’âme éclaire,

Un feu de bois chante à la terre,

La soupe frémit dans le pot,

Et la châtaigne, en secret, saute au chaud.


Le vin épice la misère,

Les enfants rient, malgré l’hiver,

Dans l’Ardèche, sous l’étoile pâle,

C’est Noël — rude, pauvre, et loyal.


Patsyblue

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