jeudi 23 avril 2026

Ce sera toujours hier.


 Ce sera toujours hier.

​Les étés du Doux… c’était hier,
Et ça le restera, quoi qu’on fasse, quoi qu’on espère,
Depuis ma naissance, chaque saison,
Je revenais là… comme à la maison.
Ma grand-mère disait en riant :
“Je n’ai pas neuf enfants… j’en ai dix, vraiment”,
Et moi, j’étais de ceux-là,
Portant leur nom… comme un combat.
​Ce sera toujours hier dans ma mémoire,
Même quand le temps efface les histoires,
Il y a des lieux qui ne meurent pas,
Tant qu’on les porte au fond de soi.
​Je me souviens du dernier été,
Le patriarche déjà fatigué,
Un quart de souffle pour avancer,
Mais douze ans de vie qu’on lui avait refusés.
Pique-nique, rires, partie lancée,
Les boules roulent sous le soleil brûlé,
Puis il m’appelle, me tend les siennes,
“Finis pour moi”… j’ai peur, je tremble à peine.
​Il s’assoit, silence inhabituel,
Le monde ralentit autour de lui,
Les regards deviennent irréels,
Il dit juste : “Ça va”… mais rien ne suit.
Ne pas jouer… ce n’était pas lui,
Et là déjà… quelque chose fuit.
​Puis vient ce jour, lourd et discret,
Le bois craque sous ses pas traînés,
La fenêtre s’ouvre, il tousse, il râle,
Un son rugueux… presque irréel.
Le silence tombe dans la maison,
Ma grand-mère appelle, brise le ton,
Ses larmes montent, sa voix vacille :
“Va chercher de l’aide… cours au village, file.”
​Je n’ai jamais couru aussi vite,
Le chemin brûle sous mes pas,
Les pierres cognent, le cœur s’agite,
Je frappe chez Paul : “téléphone … y’a urgence là.”
​Je reviens… elle n’est plus seule,
Mais le temps s’étire, long et veule,
Elle me parle… d’avant, de lui et d'elle juste avant leurs union
Pendant que la peur remplit la nuit.
Le médecin arrive, trop tard déjà,
L’escalier gémit sous ses pas,
Il sort, s’arrête… fume en silence,
Et dit tout bas : “Peu d’espérance…”
​L’ambulance l’emporte au loin,
La nuit devient lourde entre mes mains,
Trois heures… des moteurs dans le noir,
La voix des miens… sans y croire.
Et puis le jour… sans lumière,
Quelques heures… et il s’en est allé.
​Les étés du Doux… c’était hier,
Et ça le sera… pour l’éternité.

Patsyblue 

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