vendredi 1 mai 2026

"L'enfant de quarante"


 "L'enfant de quarante" :

Couplet 1
Il est né dans l’orage, en l’an quarante,
Sous l’ombre d’un père aux mains absentes.
L’embuscade a volé le destin du soldat,
Laissant un berceau dans le froid du combat.
Sa mère était belle, Arménienne égarée,
Veuve trop jeune sur un quai de marée.
Mais l’enfant de quarante fut un cri ignoré,
Six mois de silence avant d’être accepté.
Couplet 2
Élevé par les vieilles, l’aïeule et la mémoire,
Il a grandi dans l’ombre, au fond d’un couloir.
De maisons de redressements en colères étouffées,
Il cherchait l’amour qu’on lui avait refusé.
Cette mère qui partait vivre sa vie ailleurs,
A laissé dans son sang un venin, une peur :
Que toute femme au monde cache une trahison,
Faisant de sa tendresse une sombre prison.
Refrain
C’est l’enfant de quarante, le danseur de l’extrême,
Qui cachait ses blessures sous un habit de reine.
Le buste droit, le regard fier, il défiait le destin,
Sur un parquet de bal, il redevenait le sien.
Vingt-cinq ans de passion, deux fois la vie offerte,
Dans le rythme du tango, son âme était ouverte.
Couplet 3
Vingt-cinq ans pour l’une, vingt-cinq ans pour Marie,
Deux fidèles compagnes dans le tumulte de sa vie.
Il les aimait trop fort, d’une peur maladive,
Voyant dans chaque absence une ruse furtive.
Mais quand l’orchestre lançait son premier accord,
Il oubliait ses doutes, il oubliait ses torts.
Avec Marie, son binôme, son double, son miroir,
Ils étaient les monarques du salon, chaque soir.
Couplet 4
Les coudes bien levés, la tête de côté,
Un mouvement saccadé, une pureté innée.
Aux abords de la piste, loin du centre brouillon,
Ils traçaient des éclairs, ils étaient des lions.
Pas de trophée de bois, pas de gloire éphémère,
Juste la perfection pour oublier sa mère.
Dans ses chaussures de danse et sa chemise de soie,
Il n’était plus l’enfant, il était enfin roi.
Pont
Pourtant, dans les couloirs des fins de vie amères,
Il fut le seul des fils à veiller sur sa mère.
Grabataire et muette, elle a reçu ses soins,
Lui, l’enfant rejeté, il fut là, son témoin.
Puis il a pris congé, un soir de plein été,
Dans les années deux mille passé, sous les notes en fête.
Couplet 5
Le meilleur des danseurs a baissé la tête,
Laissant Marie seule dans une ombre muette.
Il repose aujourd’hui, le calme est revenu,
Près de trois femmes qu’il a toujours connues :
Ses deux lignées de cœur qui l'ont pris pour leur fils,
Et celle qui l'a porté sans un seul sacrifice.
Réunis tous les quatre, ils emportent au loin,
Leurs peines et leurs souffrances, sans aucun témoin.
Final
L’enfant de quarante a fini son tour de piste,
Laissant un dernier tango, magnifique et triste.
Le regard pétillant, le danseur de ces dames,
Emporte avec lui leurs histoires et leurs flammes.
Il danse dans le ciel son plus beau dernier pas.

Patsyblue 

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